mardi 23 décembre 2008
Entendu le 2 décembre 2008 lors d’une des réunions publiques du Conseil général de l’Isère pour "justifier" la création de la Rocade nord : le trafic voiture ne va pas baisser, on a encore 50 ans de pétrole devant nous.
Non : nous avons une dizaine d’années pour changer... A-t-on le droit d’hypothéquer l’avenir en continuant à construire des "tuyaux à voiture" ?
Les scientifiques et les compagnies pétrolières savent décrire l’évolution de la production des gisements à partir du début d’exploitation. Le débit augmente d’abord rapidement pendant la phase où on perce les forages et où le pétrole jaillit spontanément sous l’effet de la pression. La production atteint un plateau puis diminue inexorablement, car la pression baisse et le pétrole au fond du puits est plus visqueux.
Un gisement est abandonné avant d’être vide, car il arrive un moment où l’exploitation n’est plus rentable :
D’autre part, la découverte de gisements pétroliers s’est fortement ralentie, les terrains favorables ayant été déjà explorés. Depuis 1980, le volume moyen des nouveaux gisements diminue, et on consomme plus de pétrole qu’on n’en découvre.

Les gisements restants sont ceux dont l’exploitation devient progressivement plus difficile (gisements profonds, pétrole très visqueux,...). A partir de ces données, l’évolution de la production étant similaire pour tous les gisements, il devient possible de modéliser l’évolution de la production et le "pic pétrolier" au niveau mondial. Le même effet se produira pour le gaz naturel un peu plus tard (environ 2030).

Ce modèle fut initialement développé par le géophysicien M.K.Hubbert : il avait annoncé en 1956 le pic de production des USA de 1970. Il avait suscité l’incrédulité, mais les USA, premier pays exportateur de pétrole avant 1970, ont une production en baisse depuis 1971 et sont devenus le premier pays importateur. Les gisements découverts en Alaska n’étaient pas pris en compte par Hubbert, mais leur production baisse depuis 1988... conformément au modèle de Hubbert.
Enfin, si la rocade Nord se fait, le pic pétrolier, lui, étant certain. La production de nombreux pays a déjà atteint son pic puis diminué :
pays encore exportateurs dont la production baisse : Cameroun, Iran, Lybie, Mexique, Nigéria, Norvège, Oman, Syrie, Qatar, Venezuela, Yémen
pays producteurs devenus importateurs : Egypte, Grande-Bretagne, Indonésie, Tunisie, USA
et enfin, au grand dam des "optimistes", l’Arabie Saoudite, premier producteur mondial et heureuse propriétaire des plus grosses réserves, a entamé en 2005 sa phase d’exploitation "difficile" (injection d’eau chaude dans une partie des puits). Sa production a commencé à diminuer.
Bien sûr, il y a une marge d’incertitude sur le volume des gisements exploitables, mais cette incertitude diminue depuis 1980, et est devenue relativement faible. Les experts internationaux de l’Association for the Study of Peak Oil & gas convergent maintenant sur cette fourchette de dates 2010-2020 : voir le site officiel l’ASPO - France.
Même l’IEA, agence internationale de l’énergie, qui était auparavant optimiste pour encore au moins 30 ans, admet le risque "que le monde connaisse une crise pétrolière très sérieuse au cours de la prochaine décennie " (rapport Mandil, remis au Premier Ministre le 21 avril 2008). Le PDG de Total estime que le pic pétrolier est déjà atteint.
Changer le type de moteur des voitures ne règlera pas le problème : l’électricité ou les piles à combustibles ne sont pas des sources d’énergie, ce sont des intermédiaires produits majoritairement à partir de combustibles fossiles !
Et il y a 3 certitudes incontestables :
Dessin animé de 1’56" Peak oil - How will you ride the slide ?, sans paroles mais éloquent :
Pour terminer ce rapide panorama, soulignons que les agro-carburants (huiles ou alcools d’origine végétale, aussi dits agro-carburants de première génération) posent 3 problèmes, décrits par J.M.Jancovici , un spécialiste reconnu des questions énergétiques :
J.M.Jancovici conclut logiquement que la production d’agro-carburants est un complément permettant de mieux valoriser certains produits agricoles, mais restera marginale du point de vue énergétique (quelques % de notre consommation de pétrole).
article "Pic pétrolier" de Wikipedia, très bien documenté
Association for the Study of Peak Oil & gas :
— ASPO France en français
— ASPO international plus complet, mais en anglais
manicore.com, site de J.M.Jancovici , un scientifique qui s’est spécialisé dans l’évaluation des bilans énergétiques
2 livres instructifs édités par Grenoble Sciences :
Ces 2 livres sont au catalogue des librairies Decitre :